Wadanohara and the Great Blue Sea (2013)

Wadanohara and the Great Blue Sea (2013)

Résumé

Dans Wadanohara and the Great Blue Sea, vous incarnez Wadanohara, une jeune sorcière qui mène une vie paisible dans sa mer natale en compagnie de Memoca, Dolphi et Fukami, ses compagnons moitié humains moitié animaux. Mais alors que tout semblait aller pour le mieux, la barrière protégeant le Royaume de la Mer s'affaiblit, alors que personne n'est censé pouvoir l'abîmer. Mais qui cherche à attaquer le Royaume? Et pourquoi Samekichi, le garçon requin, tient-il autant à ce que Wadanohara quitte la mer pour toujours?

 

BANDE ANNONCE

 

AVIS D'INTERNAUTES

Au sein des éléments qui pourrissent le jeu vidéo moderne, la notion de rentabilité est plutôt dans le haut du panier. De nos jours où le développement coûte de plus en plus cher, mais que les joueurs sont de plus en plus nombreux, on assiste à une prise de risque de moins en moins importante de la part des studios. Ceux-ci sont alors moitié obligés, moitié heureux de s'en tenir à un cahier des charges rigoureusement établi pour savoir auprès de qui et à combien d'exemplaires se vendra un jeu.nnCet état de fait joue un rôle dans le développement de la scène indé, qui n'a pas tant de paramètres à (in)gérer et peut donc s'en donner à cœur joie sur nombre de plans qui seraient bien plus calibrés et encadrés par une société commerciale. Et encore en-dessous de la scène indé, on trouve les jeux gratuits. Les plus discrets de tous, ceux qui ne peuvent espérer trouver leur public que grâce au courtier le plus puissant et le moins influençable du monde le bouche-à-oreille. Ceux qui comptent quelques titres avec un petit succès d'estime comme The Witch's House, Ib ou Yume Nikki, mais ça n'en reste pas moins une catégorie encore largement sous-connue et peu représentée.nnWadanohara and the Great Blue Sea appartient à cette tranche de petits jeux qui s'adresse à un public conquis d'avance. Troisième titre du développeur Deep-Sea Prisoner après Mogeko Castle et The Gray Garden, ce pseudo-RPG est son premier jeu à avoir une démarche artistique défendable et une narration maîtrisée. A noter que les jeux de Deep-Sea Prisoner s'illustrent toujours par leur style graphique des plus sucrés, mais il serait très malvenu de ne pas rajouter que ses jeux sont souvent violents et dotés d'une connotation sexuelle tendant vers la perversion et le viol (plus ou moins imagé). Voilà qui est dit et qui évitera l'expérience à quiconque ne se sentant pas adepte de ce genre de spectacle. Merci de m'avoir lu !nnLe jeu raconte l'histoire de Wadanohara, la jeune Sorcière des Mers et ses trois familiers Memoca la mouette, Dolphi la dauphine et Fukami la pieuvre. Après une longue absence, la petite Wadda revient au pays afin d'exercer son rôle protéger le royaume sous-marin de la menace du royaume Tosatsu, les lapins démoniaques bien décidés à faire la guerre aux poissons. Pour cela, il lui faudra réparer une barrière mystique, et lutter contre son ancien familier, Samekichi le requin.nnA ceux qui se demandent si le jeu est vraiment "violent et gore" avec un résumé aussi girly et léger, je vous réponds oui, et bien plus encore. Mais il est vrai, (mal)heureusement, qu'il faut d'abord composer avec une introduction de l'univers, des personnages et des factions en présence, qui prend son temps et nous inflige au passage pas mal de dialogues assez peu intéressants. Mais ce n'est pas pour dire que les très nombreux personnages ne sont pas attachants ou vivants, au contraire, juste qu'ils parlent beaucoup pour ne rien dire. C'est acceptable pour Memoca, qui est un oiseau de mer donc une créature épouvantablement bavarde, mais parfois, la nécessité de faire intervenir la team entière pour se contenter de quelques mots voire de points de suspension, n'était pas indispensable.nnL'histoire progresse pas à pas dans l'horreur toujours plus malsaine, agrémentée de multiples histoires d'amoureux transis prêts à tout pour posséder la petite Wadda. On n'a pas peur parce qu'on a des milliers de soldats ennemis à nos trousses, on a peur parce qu'on voit ce que devient l'univers et notre équipe. Le tout va jusqu'à baigner dans une ambiance que n'aurait pas renié un célèbre "faiseur d'amour". C'est sans aucun doute l'argument majeur de ce jeu qui a les moyens, la liberté et l'audace de pousser le visuel et le décalage "mignon d'abord, atroce après" aussi loin que possible.nnMais pour réussir ce parti pris, il fallait compter sur une direction artistique cohérente soutenue par une OST en raccord avec les lieux, les émotions et les enjeux. Car, on ne le redira jamais assez, ce sont bien les deux moteurs de l'immersion, et il est difficile de se sentir concerné par l’effondrement d'un univers en lequel on ne croit pas. Si la très basse résolution du jeu, qui est conçu pour être joué en fenêtre de 320*240, nous gratifie d'un aliasing ignoble en plein écran, on ne peut nier pour autant que le cachet marin est parfaitement respecté. Que ce soit sous la mer, à la surface ou sur une île, rien ne dépare l'ensemble. Reste donc la question de la musique ; or, Deep-Sea Prisoner n'est pas un musicien, mais il a accès à une large bibliothèque de musiques libres de droit, du coup, il a pu farfouiller pour trouver ce qu'il lui fallait. Dès l'écran-titre, on se doute qu'on n'est pas là pour rigoler tous ensemble autour d'une bonne tasse de thé. Quand on se balade, quand on se bat, on y croit. Sur les 126 pistes de l'OST, on trouve peu de pistes malvenues, et certaines n'apparaissent qu'à une seule occasion ; une performance qui fait défaut à nombre de jeux pourtant mythiques (et leur manie de toujours sortir la même musique tragique à tout bout de champ, diminuant progressivement son impact).nnSur la partie jeu, comme dit précédemment, Wadanohara est un "pseudo-RPG", ce qui signifie explicitement que les combats sont là pour faire joli, bien que le gameplay soit des plus prometteurs. Chaque personnage est buildé en fonction de son animal fétiche et de son rôle, pour une expérience équilibrée et des possibilités avortées de stratégie. En l'occurrence, pendant que Wadda se repose sur ses sorts dont la puissance dépend de la proximité du monde marin, Memoca piaille pour perturber l'ennemi, Dolphi est adepte du monocible avec son nez là où Fukami et ses huit bras font du multi-hit. On obtient régulièrement de nouveaux pouvoirs et les rencontres n'étant pas aléatoires, on ne se bat que quand on le souhaite. L'ennui, c'est que Wadanohara est un jeu horriblement mal équilibré vous êtes en permanence largement plus puissant que les forces ennemies. Si vous prenez le temps de ne faire ne serait-ce que cinq combats par zone et de récupérer les équipements vaguement cachés, votre team sera comme un requin face à un poisson rouge. Même les boss ne pourront pas vous faire la moindre égratignure. Aussi vaut-il mieux tracer le jeu le plus possible pour ne pas se retrouver en surlevel constant et donc, en proie à un ennui inqualifiable. Tout cela est vraiment regrettable, car le jeu avait les moyens mais pas l'ambition de proposer une expérience de jeu réellement grisante. nnSi Wadanohara ne peut pas prétendre appartenir aux must-have du RPG, il n'en reste pas moins une expérience rafraîchissante, dotée d'une durée de vie très honnête pour un jeu gratuit (5h en ligne droite, 6 ou 7 en traînant, là où la moyenne serait en général de 2h30) et de mécaniques pas désagréable à jouer. Le côté émotionnel ne sera pas suffisant pour rameuter n'importe qui à bride abattue, mais il fait son petit effet. Si vous ne savez pas quoi faire de votre week-end et que vous êtes un peu en mal de thunes, vous pouvez trouver bien pire pour vous occuper, et puis dans tous les cas, c'est gratuit, alors ça ne coûte rien d'essayer !