Castlevania: Dawn of Sorrow (2005)

Castlevania: Dawn of Sorrow (2005)

Résumé

En l'an 2036, le courageux Soma Cruz se retrouve aux prises avec un ordre religieux ayant pour but de faire sortir Dracula de sa tombe une fois de plus. Soma se verra forcé d'infiltrer la base de cette secte, une réplique du château de Dracula gardée par des légions de créatures de la nuit.

 

BANDE ANNONCE

 

AVIS D'INTERNAUTES

On va pas se mentir en voyant la cover de Dawn of Sorrow et en repensant à Aria of Sorrow, une seule question nous vient à l'esprit... Mais que t'ont-ils fait, Soma !nnEt même si l'on devait dépasser cette effroyable première impression, le début ne sera malheureusement pas fait pour la rectifier. Entre les (bien trop nombreux) personnages introduits à coups de dialogues insipides et la direction artistique grisonnante, même le plus indulgent des joueurs envisagera d'apprendre le japonais rien que pour adresser des courriers d'insultes à Konami. Et ne manquera pas d'envoyer la cartouche à sa juste place, le siphon des toilettes, au risque de passer à côté d'un jeu pas si indigne de son grand frère que ça.nnEntre nous, soyons francs. Qui a jamais joué à Castlevania pour son scénario ? Pas grand-monde, on est d'accord. Pourtant, la série a acquis au fil des ans et des épisodes un texte global pas si primitif qu'il n'y paraît, défendu maladroitement par cet épisode. Célia, l'antagoniste centrale, déplore la disparition de Dracula et œuvre pour le retour d'un Saigneur des Ténèbres. Mais la bibliothèque du jeu nous apprend que ce n'est pas une finalité en soi Célia ne souhaite pas juste voir revenir le mal pour le mal, elle veut restaurer la figure opposée à Dieu pour que l'humanité se retourne vers ce dernier. Elle voit le monde sombrer dans la grisaille et le manque d'implication de ses habitants, et décide d'y remédier afin que la sainte parole garde du poids et de la valeur. Alors qu'elle affiche des méthodes de sorcière ténébreuse, Célia est une fanatique religieuse qui est prête à embrasser et fédérer tous les péchés du monde, en la personne des candidats au poste de Seigneur des Ténèbres (exception faite de l'innocent Soma Cruz), pourvu que ce soit dans l'intérêt de l'Eternel.nnCette tendance n'a pas attendu la DS pour exister, elle commence avec Rondo of Blood sur PC Engine. A partir d'ici, Dracula n'est plus ressuscité par l'entremise du Chaos. Comme il le dit lui-même, c'est la race humaine qui l'appelle avec respect et dévotion. L'humanité souhaite le retour d'un saigneur des ténèbres, rejette la paix et renie son Dieu bénévolent. Un rituel qui reviendra bien trop souvent pour qu'on croit à des coïncidences. Et à chaque fois, par des moyens plus ou moins détournés, la morale s'impose pour que le bien existe, il doit y avoir une part égale de mal. C'est la figure du mal absolu qui pousse les gens à retrouver les symboles de piété absolue.nnUne histoire qui ne tient pas debout, me direz-vous, le mal ayant toujours appelé le mal et les exemples historiques ne manquent pas ; citons à tout prendre la Grèce Antique qui s'est écroulé sous le poids de sa propre décadence après avoir conquis tout ce qu'il y avait à conquérir. Et pourtant, le savez-vous ? dans la religion orthodoxe, il a existé une faction prônant l'importance du vice pour souligner l'importance de la vertu, ainsi que l'excès de toute chose pour apprendre la tempérance. Une figure historique qui en fit l'apologie toute sa vie durant fut le moine fou, Raspoutine. Au final, l'idée d'appeler Dracula, figure des ténèbres et du péché, pour rappeler l'humanité dans le droit chemin, est absurde dans les faits, mais elle ne l'est pas avec du recul. Si le mal n'existait pas, le bien n'aurait aucun sens.nnIl est regrettable que la série n'ait jamais su traiter intelligemment ce sujet, pourtant plein de potentiel. Certes, on voit quelques sursauts çà et là comme la mauvaise fin de Aria of Sorrow où Soma cède au mal dans un éternel recommencement ou la personne d'Alucard, créature de la nuit qui prendra partie pour l'humain et pour Dieu. Qu'à cela ne tienne, on s'en tiendra toujours à la narration "typée arcade" qui est que le protagoniste doit terrasser le boss de fin. Et force est d'admettre que Dawn of Sorrow ne se donne pas les moyens de valoriser son texte, entre son chara design et ses dialogues creux (desservis de plus par une traduction française bien laborieuse). Son but, apparemment, n'a jamais été de traiter le public de Castlevania comme des vieux de la vieille qui ont mûri et à qui on peut donc parler en des termes plus adultes et moins manichéen. A l'inverse, il voulait niveler par le bas la tranche d'âge du public en rendant le tout plus kawaï, plus manga, plus bavard. Un parti pris difficile à concilier, cela dit, avec certains environnements bien macabres et le challenge pas si évident du jeu.nnEt si on ne peut se contenter de son texte, peut-on se rattraper sur le jeu lui-même ? Fort heureusement, oui, il se débrouille même très bien. Metroidvania pure souche, Dawn of Sorrow tente d'apprendre des errances de son modèle pour affiner l'expérience. S'il ne les résout pas toutes, il arrive quand même à bien les améliorer. nnGrâce aux deux boutons supplémentaires de la DS, le changement le plus louable sera le Doppelganger. Ce pouvoir permet de mémoriser des équipements d'âme et d'armes et de switcher à tout moment. De quoi s'épargner les pénibles allers-retours dans le menu du premier jeu ; on y aura quand même affaire à mesure que la liste d'âmes à effets s'allonge, mais quand même, pas aussi souvent que dans Aria. A noter que le niveau aquatique est infiniment mieux pensé à cet égard.nnAutre nouveauté la fin de l'hégémonie de l'épée courte. Arme reine depuis Symphony of the Night, elle est désormais supplantée par l'allonge de la lance et la puissance de la hache. Couplée au Doppelganger, cette alliance permet de gérer les combats de façon bien plus tactique que précédemment. Et si vous aimez les exercices de mémoire, amusez-vous donc à retenir toutes les faiblesses des monstres qui vous entourent, de façon à pouvoir gérer les niveaux sans trop verser dans le farming.nnCar oui, on y vient, le défaut, l'énorme défaut des Castlevania DS tout est pensé pour vous faire farmer comme des chinois. Les armes en loot deviennent une rareté, et pour optimiser votre équipement, un seul chemin la synthèse d'âme avec une arme pour upper ses statistiques. Ce n'est pas l'unique façon du jeu de vous pousser au grind, mais c'est la plus importante. Compte tenu que les chances de récolter une âme sont extrêmement faibles, entre 5 et 0,5% selon le monstre, et que la synthèse vous oblige à vous séparer d'une âme parfois utile en combat comme la Grande Armure, vous allez signer pour de longues, longues, loooooongues sessions à enchaîner le même monstre par paquet de vingt, aidé du moindre équipement pouvant augmenter votre Chance d'un maigre point. Tout du moins si vous voulez profiter d'une arme de meilleure qualité, et l'ironie du concept, c'est qu'en farmant, vous gagnez aussi des points d'expérience et des niveaux qui vous facilitent un peu plus la tâche.nnEt quand bien même il nous pousse à nous entraîner en boucle, on ne peut pas dire pour autant que Dawn of Sorrow soit simple, loin s'en faut. Ce n'est pas un souci de gameplay, ça c'est un point que la team Iga a toujours très bien maîtrisé. L'agilité du personnage est parfaitement acceptable, les armes ne sont pas si galères que ça à manier (même la hache avec un peu d'entraînement devient assez facile à calculer), on a l'esquive et bien assez de pouvoirs à disposition. Cependant, les monstres ont des patterns pas toujours simples à éviter, surtout quand on est en train de lancer un coup, ou bien agissent en bande bien fournie. Ceux qui ont connu la Clock Tower savent de quoi je parle. On n'y verra pas tomber les Game Over par dizaines, mais le jeu demande quand même un rien de doigté, en particulier contre certains boss.nnLe jeu profite des qualités techniques de son support pour des graphismes louables et une prestation musicale qui sera moins électronique que celle de Aria mais moins émouvante pour autant. Le fait qu'on y retrouve beaucoup de remixes y joue un peu, on a plus de mal à être surpris par une piste... On les reconnaît trop.nnDawn of Sorrow est une déception narrative et une frustration de gameplay. Il pouvait compter sur un squelette solide et rôdée par sa filiation avec Aria of Sorrow, et il aurait pu prendre à son compte des interrogations bien présentes dans la série pour les mener à une conclusion un peu plus adulte ou plus subtile, en posant par exemple à Soma la question d'endosser volontairement le rôle dont il a hérité. Peu importe que le personnage manque de background du moment qu'il a des poses iconiques et une aisance svelte (Alucard n'était pas un personnage spécialement développé non plus), mais pitié, arrêtez d'en faire un amoureux transi "white knight" qui n'en démord jamais que « le mal c'est pas bien ». De la même façon, le farming imposé par des moyens détournés, c'est pas trop grave. On a connu beaucoup de représentants du genre largement plus gratinés et y a un minimum d'intérêt à la clé. Mais avec une probabilité si faible, ça devient infernal parce qu'on finit par croire que le jeu ne nous aime pas. Castlevania est une série réputée difficile et l'aventure qui attend Soma demande son lot de skill. Mais difficile et frustrant, ce sont deux concepts différents. Portrait of Ruin l'avait bien compris puisqu'il se débarrasse totalement de tout besoin de farming, et pourtant, on y reviendra avec Order of Ecclesia. Non, dans un jeu de ce genre, farmer n'est pas, et ne sera jamais, un pur moment de délice.nnSi vous voulez vraiment faire un Castlevania sur ce support, sachant qu'on n'y trouve pas vraiment les plus beaux spécimens, tournez-vous de préférence vers Portrait of Ruin. Celui-ci offre un très large panel de styles de jeu avec les armes multiples, les environnements sont variés et le challenge est raisonnable, et il n'a aucune notion de farming. Même si son scénario est encore plus risible que celui de Dawn, c'est probablement le meilleur en terme de « jeu vidéo » qui s'offre à vous, si tant est que vous ne puissiez pas vous mesurer à Aria of Sorrow ou Symphony of the Night.