Phantom Brave (2005)

Phantom Brave (2005)

Résumé

Sur la Phantom Isle vivent deux Chromas (chasseurs de primes) : Ash, épéiste fantôme d'une vingtaine d'années qui protège Marona, jeune fille rejetée et persécutée à cause de sa capacité à voir et matérialiser les Phantoms. Le joueur doit aider Marona à chercher sa place et la reconnaissance de son don dans un monde qui le hait de toutes ses forces.

 

BANDE ANNONCE

 

AVIS D'INTERNAUTES

Après avoir bien posé son succès Disgaea, NIS a passé quelques temps à se chercher d'autres licences alternatives telles Makai Kingdom (qui divisera fortement), Soul Nomad (complètement inconnu) et Phantom Brave, leur meilleur concurrent. On aurait vite fait de croire que leurs échecs commerciaux les conforteraient dans la surexploitation de leur unique IP vendeuse mais que nenni, les essais ne s'en tiennent pas là. ZHP, The Witch & the Hundred Knights, The God Guided Paradox, Battle Princess of Arcadia, Legasista... Tous ces jeux, dont la plupart sont disponibles sur le PSN européen, attestent que NIS n'a jamais renoncé à se trouver une série-bis viable, tout comme Square Enix n'a jamais cessé de se chercher des Bravely Default ou des TWEWY pour se dépêtrer de Final Fantasy et Kingdom Hearts, de plus en plus critiqués. Mais, pour que Disgaea tienne la dragée haute de la sorte, il y a forcément des raisons, la moins mauvaise étant une communication particulièrement désastreuse sur notre continent. Combien d'entre vous, avant de lire ces lignes ignoraient jusqu'à l'existence de toutes ces licences que je viens de citer ? Redonnons leur chance à ces jeux mésestimés, penchons-nous sur leurs cas, et voyons ce que notre cœur de joueur nous poussera à leur dire.nnLe scénario suit les (més)aventures de Marona, jeune orpheline capable de voir et matérialiser les Phantoms, et de son tuteur Ash, épéiste fantôme. Le duo doit gagner sa vie en acceptant des contrats à travers toutes les îles de l'archipel d'Ivoire, mais les rapports avec les insulaires se passent souvent mal, la capacité de Marona lui valant le déplaisant surnom de "Possédée". Néanmoins, la jeune fille aux cheveux verts refuse de céder à la facilité et d'être mauvaise dans un monde mauvais ; quoiqu'il lui en coûte, elle s'accrochera jusqu'au bout à sa conviction que le bien appelle toujours le bien. Le joueur vivra donc en vue par-dessus l'épaule les injustices et les brimades encaissées par Marona, éclairée par quelques lueurs d'espoir et par sa force morale.nnL'histoire met un certain temps à se lancer afin de poser ses nombreuses figures dans des détours d'une cruauté avérée. Cette approche est à coucher dans ses qualités. Outre la pertinence de cette narration par à-coups quand on suit le quotidien des indépendants (un autre exemple serait Soulless Army) cela renforce grandement l'empathie pour Marona, personnage très attachant d'ailleurs. Et la présence de personnages plus blasés comme Walnut en profite tout autant. Ce genre de Monsieur Fils de Pute brille de toutes ses forces en se posant comme un méchant construit doit se poser en antithèse totale de notre héroïne. Walnut a cédé là où Marona a tenu, il est donc en décalage complet avec nos héros mais en adéquation avec le monde tel qu'il est réellement. Crucial pour la crédibilité de l'univers et la fluidité de la narration, il n'est pas sans rappeler un certain Vyers dans la forme, mais il remplit un rôle bien différent dans le fond.nnPar contre, la seconde moitié où on suit les traces d'une menace clairement identifiée (Sulphur) risquent de vous ennuyer tellement ça semble classique et tellement les actes des héros semblent futiles. Heureusement que l'écriture des dialogues et les conditions des combats savent maintenir la motivation en place, car il y a nettement moins de scènes marquantes à se mettre sous la dent. Cependant, tout n'est pas à jeter, et c'est dans cette partie qu'on verra Marona et Ash prendre du recul et reconsidérer subtilement leurs positions. Subtilement, que voilà un mot qui sied toujours aux personnages de NIS dont les changements d'actes et de paroles sont presque invisibles à l’œil nu pour qui n'y prend pas garde.nnHors ces questions de nuances, les graphismes du jeu ont un souci massif, bien connu du public de NIS autant il est possible de "s'habituer" à ce rendu technique très faible, autant il est très difficile de se découvrir pour le visuel un affect qu'on n'avait pas au départ. Bref, si on aime pas, on aime pas. Mais si on aime, on aime. J'appartiens pour ma part à la seconde catégorie et j'ajoute pour cette raison que Phantom Brave est sans doute l'une des plus grosses claques que je me sois prises de la part de ce studio, surtout les plans larges des villes, leur perspectives et leurs points de fuites autant que cette sensation de vie, ce réalisme contrebalancé par ces couleurs maritimes chatoyantes quasi surnaturelles. C'est beau, putain. Mais si on cale sur la 2D, le pixel, l'isométrique et l'argument général "bouh c'est pas digne de la PS2" ben c'est pas la peine d'essayer. Ça n'ira pas mieux avec le temps.nnLa bande-son du jeu montre que Tenpei Sato a un peu le même problème que Sakuraba peu importe sur quoi il travaille, peu importe l'univers dépeint, faut dire que... Sato fait du Sato. Mais séparons ici deux faits indépendants. Certes, cette bande-son reste et demeure de très bonne qualité, je vous invite très chaudement à aller entendre Strange Wind ou R&R Junkie, pour n'en citer que deux. Là où ça cloche, par contre, c'est que si on connaît un peu les travaux précédents de Sato, on aura du mal à ne pas les reconnaître ; ses accords, ses rythmiques et ses recours au violon (dont il reste pourtant un maître) ou à la guitare électrique sont spotted dès les premières secondes. Malgré de louables sursauts, on ne s'y trompe pas ici, d'autant qu'à mesure qu'on approche de la fin, on sent que lui-même en avait marre. Il a carrément fini par s'auto-pomper en reprenant des sonorités typiquement disgaeannes, en particulier le boss de fin. Plus spotted tu meurs.nnLe doublage est assez uniforme, qu'il soit anglais ou japonais, on y croit et les doubleurs collent assez bien aux personnages. S'il me faut à tout prix citer un défaut, je dirais que les similitudes entre Ash et Almaz de Disgaea 3 (même design, même seiyu, et pas mal le même caractère) finissent par trahir un léger manque d'inspiration. Bien sûr, à titre personnel et par confort personnel, je m'en tiendrai toujours tant que possible au japonais. Je préfère capter un mot sur quarante que de me retrouver à me demander si les doubleurs en ont quelque chose à foutre, même si je comprends ce qu'ils disent. Mais si vous êtes partisan de l'anglais, ce jeu se défend assez bien pour qu'on n'y perde pas trop au change.nnLe gameplay est tellement complexe qu'une partie est très loin de suffire à tout maîtriser. Je ne vais pas me perdre dans une explication en long en large et en travers, sachez simplement deux choses vous pouvez réellement régler tous les combats selon votre style de jeu personnel si vous savez le mettre en place, mais connaitre au préalable l'approche Disgaea ne peut pas vous faire de mal pour la prise en main de ce système de combat vraiment complexe.nParmi les réjouissances au menu, on peut jouer avec ou sans arme, laquelle peut être une épée, un caillou, un livre ou un arbre, on peut aussi s'équiper de nos personnages ou des ennemis eux-même, les placements et déplacements demandent de la réflexion pour ne pas entrer dans une hitzone malvenue, et les aléas des terrains peuvent devenir un avantage crucial. Comparé aux Disgaea qui ne sont, globalement, que des expériences mathématiques d'optimisation à dimension punitive avérée (panpan boumboum OHKO) Phantom Brave est un jeu tactique mais dynamique. Certes, il ne va pas sans quelques errances du genre la hauteur qui ruine l'estimation des distances, mais il met le cerveau à contribution sans se montrer injuste et sadique (comme un certain Tactics Ogre qui reste et demeure mon plus beau sentiment d'impuissance jamais vécu). D'autant plus que les ennemis bénéficient d'une IA relativement forte, ils savent se placer de manière efficiente et tenter d'augmenter leurs forces tout en diminuant celles du joueur. Ils ne s'en tiennent donc pas à avancer-taper.nnLa difficulté a tendance à faire le yoyo et certains caps sont très durs à surmonter, je pense notamment aux épisodes 7 et 8 qui ont bien failli me faire renoncer au jeu. Mais il faut bien distinguer deux cas de figures. La première, c'est le level design parfois bien bâtard, l'apparence décourageante des Protections et leurs effets autrement plus chiants que les Geo Panels. La seconde, c'est l'écart de niveau assez élevé qu'il peut y avoir entre deux maps, imposant farming et upgrade du stuff qui nous plombent le rythme. Or, ce défaut entraîne ipso facto la mission intermédiaire tellement chaude que le boss en semble tout faiblard en comparaison. nQu'on se rassure, la réflexion et la patience vous épargneront autant de farming que faire se peut (même si on n'y coupera jamais tout à fait) et le jeu est quand même faisable par la majorité des joueurs. Néanmoins, plus on approche de la fin, plus on glisse vers du pur OHKO où Force, Intelligence et Vitesse seront vos meilleurs amis, ce qui est à la fois bandant et regrettable. On passera aussi de plus en plus de temps dans les "donjons random" qui sont effectivement d'un random pas croyable. Tellement random qu'au bout d'un temps, chaque étage se passe la peur au ventre vu que rien ne nous garantit qu'on ne passera pas de la retraite pépère à l'enfer. Décidément, l'équilibrage, c'est un art que bien peu de studios maîtrisent à la perfection. nnMême si je n'oublie pas de le démonter sur certains détails (en particulier cet équilibrage assez calamiteux et une fainéantise affichée sur les derniers épisodes) Phantom Brave n'en est pas moins un titre qui vaut la peine d'être fait pour qui saura lui consacrer le temps qu'il mérite. Un jeu tactique, grisant et réfléchi, une histoire dure mais prenante, des héros vraiment attachants et des méchants vraiment détestables, une bande-son parfaitement adaptée au ton, au moment et à l'univers, vraiment, vous signez pour un jeu gratifiant, d'une durée de vie de 40 ou 50 heures minimum et capable de s'étirer très longtemps dans son post-game. Et je vous encourage par conséquent à brancher votre PSP ou votre Vita au PSN pour aller vous le procurer, pour la modique somme de 10$. On se dépêche, vous me remercierez plus tard !